Héritières du béton en quête de sensible
On débarque direct d’un monde où le béton et la ferraille remplacent la forêt, où le rapport avec les autres vivants est fracturé en 1000 morceaux, disséqué·es, éliminé·es, analysé·es, contrôlé·es. Un monde où les croyances bizarres se sont fracassées contre des siècles de normalité.
Bienvenue dans la culture occidentale dominante dans laquelle on baigne depuis qu’on est p’tit.es, celle qui raconte l’histoire du point de vue des gagnants, des forts, des puissants et de ceux qui ont du pouvoir.
On vient d’une société raciste, coloniale, misogyne, transphobe, validiste …. qui marginalise toutes les formes d’être au monde minoritaires.
Notre société écrase, asservit, désertifie.
Alors qu’est-ce qu’on fait ? Il y a mille luttes. Chacun-e chemine entre les différentes orgas, le chaos du monde, les infos anxiogènes, l’entraide, la débrouille, la solidarité.
Et puis on se retrouve et on se souvient. On se nourrit. On se donne de la force et de l’énergie.
L’élan de militer, ça vient d’où ? On peut penser que ça vient d’une réflexion logique élémentaire, de l’empathie, de la sociologie, du besoin de justice…Oui. Mais pas seulement. C’est aussi, plus profondément, le sentiment de ce qui sonne juste. C’est aussi un élan de lien avec ce qui est, de l’humain face à moi, à la source d’eau qui m’abreuve, en passant par le blob des bois.
Ce qu’on voudrait c’est casser le logiciel qui nous enferme, s’autoriser à nouer des relations intimes avec qui nous entoure. Détruire les frontières artificielles entre nous et le reste. Trouver des imaginaires désirables.
On a eu envie de se lier autour de cette exploration.
Et nous alors, on est ki pour ouvrir nos gueules ?
Un p’tit groupe, toustes blanches issu.es de milieux plutôt homogènes et vachement privilégiés, qui s’est rencontrée il y a quelques années dans une occupation anarchiste rurale, un lieu collectif féministe queer du sud de la fRance. Que ça soit pour des raisons politiques, besoin d’un lieu pour se poser ou autre question d’errance, on s’est toustes rencontré à peu près en même temps et on s’est lié d’amitié. A partir de là, on a commencé à entrer dans une boucle infinie d’autoformation, de partage de connaissances et de rencontres où se posent des questions sur plein de choses, dans beaucoup de sens différents :
C’est quoi notre rapport aux êtres qui nous entourent ? aux plantes ? au sol ? aux pierres ? aux animaux ? C’est « nous » ?
C’est quoi notre rapport aux rituels, aux mythes, aux cosmogonies ? aux sciences ? C’est quoi l’appropriation culturelle et comment on l’évite ? Comment on reconnecte avec des histoires populaires, des récits de transmission de savoirs entre les gentes ?
Avec cette brochure on avait envie de lier sensibilité, sensoriel, relation aux vivants et militantisme, politiser une sorte de spiritualité. On aimerait bien partager comment on s’autorise à vivre une relation intime avec un arbre, une pierre, un insecte et des entités invisibles. On s’dit un peu naïvement qu’on fait partie de ça, qu’au fond de nous on a jamais été séparé des racines, des champignons, de la terre, de l’eau…
Alors du coup on a enlevé nos armures du quotidien et on a sorti nos différentes lunettes et nos casquettes (et on en a emprunté d’autres d’ailleurs) qui forment nos regards pour écrire des récits qui sont en dehors du monde bétonné, en dehors des trucs lisses et désirables. Un peu comme une caisse à outils irrationnelle qu’on pourrait ouvrir quand on en a besoin. Un truc qui a plein de formes différentes : des textes, des poésies, des dessins, des images, des mots, des trucs quoi !
C’est une brèche entrouverte qu’on a envie d’explorer un peu plus, histoire de s’dire que de toute façon on est légitime à être chelou.es dans nos pratiques respectives et collectives. On veut partager nos recherches et nos idées mouvantes sur un mode d’être au monde autre que celui dans lequel nous avons grandi.es. Par ces mots on expose notre processus, notre sensibilité, notre timidité et un certain tabou dans le milieu militant vis-à-vis des pratiques décalées.
Et voilà en mettant sur papier nos recherches théoriques et pratiques, on conclut aussi un cycle de liens multiples et de superpositions d’idées. Comme des embranchements, déviations et bifurcations qui représentent nos périples et nos rencontres en chemin et pour de nouvelles connexions.
Condensé de toutes nos recherches et créations, mis en forme, ça reste par défaut un brouillon. Nous avons essayé de garder nos textes simples et accessibles. On tente d’expliquer les significations de quelques termes dans « Le sens des mots ». Les fautes d’orthographes on les a laissé trankil parske parfois c’est aussi un choix conscient de pas jouer le jeu exclusif de l’académie française.
La plupart des typos qu’on emploie ont été crée par le collektif ByeByeBinary mais le processus organique de la création de cette brochure rend impossible de connaître l’origine de tous les éléments.
Merci merci à la Borie, la forêt du Marquaires, Marivielle, Keriskis, les Pics et Villeméjane de nous avoir accueilli et inspiré!
